28 avril 2007

La réconciliation des Français avec le monde de l'entreprise : l'axe majeur du Pacte de Ségolène

Je le vois dans les entreprises, le rapport des Français aux entreprises s’est dégradé. Non pas que les Français n’aient plus l'envie de travailler, bien au contraire, mais simplement que le climat au travail s’est dégradé. La récente étude TNS-Sofres démontre que 4 Français sur 10 fait confiance à leurs supérieurs hiérarchiques ce qui représente une baisse de 13 points par rapport à 1993, sans parler du sentiment de défiance encore plus fort à l’égard des actionnaires (seuls 21% des Français leur font confiance). Les raisons de cette défiance sont identifiées : pour plus de 40% des personnes interrogées, des délocalisations, des salaires excessifs des dirigeants et enfin des licenciements.

La technique habituelle du candidat Sarkozy est de dresser une catégorie de Français contre l’autre. Il y est arrivé et de belle façon dans les rapports entre la police et les Français, il y est parvenu également dans les relations entre les chefs d’entreprises et leurs employés. Ségolène Royal fait le pari inverse. Forte du constat de défiance, Ségolène Royal veut mettre en œuvre cette réconciliation. Elle constitue l’un des piliers fondamentaux de la relance de la croissance. Elle l'a précisé aux créateurs, aux chefs d’entreprise (voir mon précédent post sur sur la revue Challenges) : « il faut en finir avec l’idéologie punitive du profit, tant que celui-ci est correctement gagné et justement redistribué ». Ségolène Royal choisit donc de rééquilibrer le rapport salarié-employeur en offrant la sécurité au salarié tout en donnant aux entreprises l’agilité dont elles ont besoin. Ce rééquilibrage permet de redéfinir les bases de notre démocratie sociale et de faire en sorte que la performance économique ne soit plus dissociée du progrès social.

Cette conciliation entre sécurité des salariés et agilité des entreprises est la marque de l’ensemble des mesures proposés par Ségolène Royal. Voici résumé, les 5 piliers de ce nouveau « deal » que Ségolène Royal souhaite définir avec les entreprises :

1. Un programme fondé sur une meilleure utilisation des fonds publics, sans dépenses supplémentaires. Les 65 milliards d’€ accordés aux entreprises sans conditions de taille, de chiffre d’affaires sont d’une inefficacité économique terrible. Ségolène Royal propose deux choses :
    - concentrer les aides sur les PME (pour l’instant, elles ne bénéficient que de 9% du total des aides) qui sont les plus créatrices d’emplois (en outre, moins délocalisables). Non seulement les PME seront aidés par l’intermédiaire de ces financements publics mais l’Etat leur réservera une part des marchés publics (mise en place d’un Smal Business Act) et mettra en place des fonds régionaux de participation qui pallieront les défaillances des banques en la matière ;
    - responsabliser les entreprises : si les entreprises profitent de ces aides publiques avant de délocaliser ou de remettre en cause leurs activités, l’ensemble de ces aides devront être remboursées.

2. Un emploi stable, des entreprises aidées en conséquence : le CDD ne doit pas être supprimé mais le recours massif aux CDD et aux contrats d’intérim (78% des intentions d’embauche en 2006 contre 35% en 2000) doit être stoppé. La mise en place du CDI permettra donc de sécuriser les salariés mais le coût que cela représente pour les entreprises n’est pas négligé. Ces dernières bénéficieront ainsi d’allègements de cotisations sociales ciblées, en fonction de deux critères : la nature des contrats créés, le type de salariés recrutés (il sera tenu compte des efforts fournis par les entreprises pour recruter des jeunes arrivant sur le marché du travail, des chômeurs de longue durée…) ;

3.  La formation, atout pour l’entreprise comme pour le salarié.
L’association des salariés aux décisions de l’entreprise permettront de mieux leur faire comprendre la nécessité ou non de partager aux besoins d’agilité de l'entreprise. De l’autre côté, la sécurité des salariés est assurée par la mise en place de la sécurité sociale professionnelle. Celle-ci permettra d’assurer une rémunération pendant un an, égale à 90% du dernier salaire net perçu et de proposer aux salariés licenciés une formation qualifiante et une aide personnalisée à la recherche de l’emploi ;

4. Le développement de l’esprit de création d’entreprises, accessible à tous : cela est inscrit dans les 10 premières propositions du pacte présidentiel, les jeunes créateurs d’entreprises doivent être encouragés, de plusieurs façons :
    - sécurisation du parcours des jeunes créateurs en leur fournissant une aide juridique mais aussi en leur proposant un mécanisme de cautionnement mutuel pour leur éviter la faillite personnelle ;
    - mise en place de bourses-tremplins de 10 000 Euros pour les projets de créateurs d’entreprises (déjà expérimenté avec succès dans les régions) ;
    - incitations fiscales à la mise en place de pépinières d’entreprises autour des campus universitaires, taux d’impôt sur les sociétés plus faible en cas si investissement productif au lieu de redistribution sous forme de dividendes

5. Le maintien d’une industrie forte, le pari de l’innovation : l’Agence nationale de réindustrialisation sera mise en place, afin de fédérer tous les organismes actuellement chargés de cette mission. Leur mission, en appliquant les mesures pré-citées sera d’enrayer la désindustrialisation du territoire, en pariant sur la haute valeur ajoutée; Le collectif Sauvons la Recherche attribue la meilleure note à Ségolène Royal en matière de politique de la recherche. Il s’agit de la proposition numéro 1 du pacte présidentiel. Le budget de la recherche et des crédits publics pour l’innovation sera augmenté de 10% par an. Et bien sûr, la part privée de la R/D, qui fait particulièrement défaut en France, n’est pas oubliée puisque 15% du total des aides publiques accordées aux entreprises (65 milliards €) seront consacrées à des dépenses d’innovation d’ici 2012, contre 4 fois moins aujourd’hui. Cela va dans le sens de la stratégie de Lisbonne, que la France ne respecte pas à mi-parcours.

Posté par Michael_Latz à 17:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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