08 mars 2007
Les PME, un formidable vivier d'énergies et d'emploi - qu'il faut encore valoriser
Je souhaite aborder aujourd’hui le volet du Pacte Présidentiel consacré aux TPE et PME. Sur cette partie, cinq grands défis ont été mis en avant par Ségolène Royal :
- renforcer l’investissement et la recherche ;
- remédier à la sous-qualification,
- développer la formation professionnelle,
- soutenir les PME,
- et renforcer l’efficacité de la dépense publique.
Et pour que tout cela tourne, Ségolène Royal a clairement annoncé qu’un autre défi, peut-être moins visible mais tout aussi important, est de réconcilier les Français avec les entreprises. Or sur ce sujet, encore une fois la gauche est présente là où on ne l’attendait pas forcément. Avec mon regard de chef d'entreprise et d'entrepreneur, je peux dire en effet que le pacte présidentiel est un vrai plaidoyer pour les PME. Mon analyse est que nous avons un vivier incroyable - avec 2,6 millions de PME française - qui ne disposent pas des moyens de ses ambitions.
Un vivier d’abord : il faut savoir qu’entre 1981 et 2005, les établissements de moins de 200 salariés ont vu leurs effectifs augmenter de 3 millions de personnes (source : Unedic) ; avec 73 % de cette performance revenant aux petits de moins de 50 salariés. Sur la même période, les plus gros (+ de 200 salariés) ont perdu 436 431 collaborateurs. Si l'on regarde les « stocks », 55 % des personnes occupées en 2005 étaient dans des entreprises indépendantes de moins de 50 personnes. J’ai lu cette information dans le rapport 2006 de l'OSEO sur l'évolution des PME.
Un manque de moyens pour s’armer dans la concurrence internationale : sur le sujet de l’innovation en effet les entreprises de moins 500 salariés réalisent 15 % de l'effort d'innovation privé, contre 50 % environ pour les treize premiers groupes… Le déficit commercial record de la France en 2006 (29,2 milliards d'euros) et la crise des filières automobile et aéronautique dans le sillage d'Airbus relancent dès lors la question du rôle des PME.
J’ai appris récemment que l'Allemagne compte un très grand nombre de PME proportionnellement à la France. Apparemment la structure industrielle allemande est plus large. Mais pourquoi ? Je pense qu’en France, on s’est concentré ces 20 dernières années sur les « champions » nationaux. Et c’est un succès incontestable. Mais aujourd’hui dans le cadre de la bataille de l’emploi et de la compétition mondiale, il faut réajuster ce choix stratégique. J’ai déjà fait un mot sur les aides publiques (voir ici). Je garde un chiffre : 80 %. 80 % des aides industrielles sont destinées aux grands groupes. Or dans les autres pays d’Europe, et particulièrement en Allemagne, cette politique est beaucoup plus équilibrée.
Mon souhait et mon combat si je suis élu Député à l'Assemblée Nationale sera donc de faire en sorte que les PME ne soient plus une « simple accroche » en période d’élection. Il faut s’appuyer sur des exemples concrets, comme j’ai pu en mener un en Provence Verte avec le projet DEFI. Ces opérations de terrain couplées avec des choix volontaristes comme le propose le Pacte sont nécessaires pour revitaliser et aider à la structuration d’un réseau efficace, pérenne et solide dans les territoires.
Les cinq points du Pacte résument parfaitement les actions les plus fortes à mener :
- 1. Investir massivement dans l’innovation et la recherche : augmentation pendant le quinquennat du budget de la recherche et des crédits publics pour l’innovation de 10 % par an (le budget public de recherche-développement a diminué de 1 à 0,8% du PIB entre 2002 et 2005). Sur les 65 milliards d'aide aux entreprises, seuls 5 % sont orientés vers la recherche-développement : je propose de porter cette part à 15%.
- 2. Mettre en place une politique industrielle capable de préparer l’avenir et de réduire les risques de délocalisations avec la création d’une Agence nationale de réindustrialisation.
- 3. Soutenir les PME avec la création de fonds publics régionaux de participation et en leur réservant une part dans les marchés publics
- 4. Donner la priorité à l’investissement des entreprises avec un taux d’impôt sur les sociétés plus bas si le bénéfice est réinvesti et plus haut s’il est distribué aux actionnaires.
- 5. Sécuriser le parcours des jeunes créateurs en soutenant la création d'entreprises (simplifications), en généralisant les ateliers de la création dans toutes les régions, en améliorant la protection sociale des entrepreneurs, et en mettant en place un mécanisme de cautionnement mutuel pour ceux qui garantissent les emprunts de leur entreprise sur leur patrimoine privé.
Hommage
Je voudrais rendre hommage à jean Baudrillard, philosophe et sociologue, qui s'est éteint à l'âge de 77 ans. Il faisait partie de ces éveilleurs de conscience qui nous poussent à réfléchir, à ne pas réagir docilement à des arguments d'autorité. Sa pensée était qualifiée parfois de "pessimiste" mais c'était avant tout un provocateur dont la pensée nous faisait cheminer bien au-delà de nos propres limites. Je le citerai dans un article paru dans Le Monde (28 mai 2005) : "... L'hégémonie actuelle de la puissance médiatique est telle qu'il n'y a plus de domination par le spectacle, mais une espèce d'homogénéité tentaculaire, mëme pas impérialiste. Et nous sommes immergés dedans. Nous sommes dans l'écran mondial. Notre présent se confond avec le flux des images et des signes, notre esprit se dissout dans la surinformation et l'accumulation d'une actualié permanente qui digère le présent lui-mëme." Avec Guy Debord, il nous alertait sur cette "société du spectacle" qui nous éloigne de l'essentiel. Sa disparition nous rappelle qu'il faut rester en éveil, critique et vigilant.




