20 février 2007
Deux bourdes de Nicolas Sarkozy que je souhaite pour une fois relever
Beaucoup se font les collectionneurs des bourdes. Ce n'est pas ma spécialité, mais je souhaite être tout de même le relais de deux d'entre elles. Parce que je les trouve suffisamment graves pour prendre le temps d'écrire un mot ce soir ; bien que ma journée a été bien chargée. Loin des petites phrases assassines, les 2 "erreurs" du Ministre d'Etat de l'intérieur que je cite, sont déplacées car elles révèlent d'une vision tronquée de l'économie. Or sur ce terrain, je crois qu'il faut de la pédagogie et un minimum de clairvoyance.
Sur le SMIC, Nicolas Sarkozy a déclaré que 50 % des français sont au SMIC. Je vous invite à regarder l'émission Arrêt sur Images qui reprend ces propos et surtout les analyse. Voir la vidéo en cliquant ici.
Sur les prélèvements obligatoires, Nicolas Sarkozy déclare "Si je suis au pouvoir, en dix ans, je baisse les prélèvements obligatoires de quatre points". Or Thomas Piketty, expert économique et professeur à l'EHESS, explique que cela correspond à 68 milliards d'euros en moins, c'est à dire la somme de l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les successions, et l'impôt sur la fortune. Lire l'article en cliquant ici.
Dans ce contexte, je ne peux que vous inviter à prendre connaissance de la Une récente du Financial Times (LE journal de référence du monde économique anglo-saxon) qui demandait la démission de Nicolas Sarkozy. Le titre est simple : "Sarkozy must go". Voici la version anglaise. Voici la version française (merci le Nouvel Obs).
Voilà c'est fait, c'était de la pure et simple information factuelle. Mais elle me fait réagir ; alors je souhaitais également vous faire réagir puisque vous êtes nombreux à commenter mes "billets". Et vous justement, que pensez-vous de ce manque de culture économique, de ces promesses populistes et non tenables ou encore de la double casquette du n°2 d'un gouvernement qui a spécifiquement la charge d'une élection à laquelle il se présente ?
Un exercice obligé, rondement mené !
J'ai la conviction que Ségolène Royal a passé avec succès son grand oral "J'ai une question à vous poser".
On aurait pu penser que cette émission de TF1 serait du "sur mesure pour Nicolas Sarkozy". Or incontestablement, Ségolène Royal a marqué des points. Elle était détendue. Elle n'est pas tombée dans une forme de "piège médiatique" que la Droite annonçait. Je crois qu'elle a su profiter de son expérience et de l'esprit des débats participatifs pour en faire un vrai moment de dialogue et d'explication du Pacte Présidentiel.
Dialogue: car l'échange instauré par Ségolène Royal était moins tendu en comparaison de celui de Nicolas Sarkozy ; accusé à plusieurs reprises de racisme, d'homophobie et de populisme... Le Ministre de l'Intérieur, avocat de formation, est un brillant orateur, mais je l'ai trouvé tendu et cassant dès que son approche était remise en question. Ségolène n'a pas le même caractère. Alors que certains attendaient une "chute", de l'appréhension, du manque de confiance en soi... je l'ai trouvée sereine ; même sur les questions difficiles comme celle remettant en question "ses capacités à gouverner". Sa réponse était claire et précise. Dans les gestes aussi, et cela à son importance pour la place de la France dans le monde, Ségolène Royal a été la première invitée quittant son pupitre pour se déplacer à plusieurs reprises en direction du public.
Pédagogie aussi. Ségolène Royal a pu détailler et expliquer son "pacte présidentiel". Elle s'en est servi à de très nombreuses reprises. Je retiens 4 exemples de précisions : le rôle clé joué par les TPE-PME qu'elle a annoncé vouloir et devoir soutenir fortement ; le délai du SMIC à 1500 euros (5 ans) ; le montant de l'allocation de rentrée scolaire (x2, c'est à dire 540 euros) ou encore le plafond des retraites revalorisées (984 euros ou SMIC).
Le concept de l'émission ne me plait guère. Et vous d'ailleurs, les "vrais gens" que nous sommes, qu'en pensez-vous ? Mon analyse, principale est que cela questionne fondamentalement sur l'avenir du métier de journaliste. Car je crois vraiment en ce métier et dans son rôle dans une "démocratie en bonne santé". Travail fait de recherches, de relances, de mise en avant des contradictions...
Pour autant dans cet exercice imposé de la campagne 2007, Ségolène Royal a réussi son émission : expliquer, témoigner, rassurer et annoncer par sa posture, son courage et sa détermination, quelle Présidente elle sera demain.




